May 22, 2009
"Dans la difficulté, je ne vous trahirai pas !"
   
Découvrez le discours prononcé le 20 mai 2009 par Philippe Madrelle, Président du Conseil Général de la Gironde, en ouverture de la Journée des Maires.
 

Guillemet ouvrant Monsieur le Président du Comité des Expositions,
Mesdames, Messieurs les Maires,
Mesdames, Messieurs les Élus,
Chers Collègues,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,

Je suis heureux de vous retrouver dans le cadre tout à fait exceptionnel de la Foire Internationale de Bordeaux - la 40ème à Bordeaux Lac !

Je veux tout d'abord remercier chaleureusement le Président, Marc LECOQ, son équipe passionnée et dévouée qui oeuvrent à l'essor permanent de l'événement mais aussi - et je sais le soin qu'ils y apportent ! - à cette Journée des Maires de la Gironde.

Ce rendez-vous que je vous propose avec fidélité, me tient tout particulièrement à cœur car c'est l'occasion d'échanger, de vous écouter, en dehors de nos obligations quotidiennes, et aujourd'hui encore hélas, dans un contexte économique et social toujours très inquiétant et préoccupant pour l'immense majorité de nos compatriotes.

Comme si cela ne suffisait pas, les 11 et 13 mai derniers, de très violents orages de grêle se sont abattus sur la Gironde, provoquant de considérables dégâts dans les vignobles et nombre d'exploitations maraîchères.

12.000 hectares d'exploitations agricoles ont été sinistrés à divers degrés et, à titre d'exemple, les maraîchers de la ceinture bordelaise ont été frappés de plein fouet.

Quant aux viticulteurs, pour leur part, certains ont tout perdu en quelques secondes. Les sylviculteurs sont en colère et ils ont raison de l'être.

L'attitude de l'État envers eux est incompréhensible. Après s'être engagé à garantir les prêts bonifiés des forestiers, sinistrés par l'ouragan Klaus, à hauteur de 80 %, l'État revient sur la parole donnée en prévoyant une garantie, à hauteur de 50 %.

Le Conseil Général proposera, lui, de mettre 1 million d'euros en faveur des forestiers sinistrés pour le stockage du bois, dans quelques jours, au cours du Budget Supplémentaire.

Par ailleurs et au-delà de la subvention importante de 160.000 € du Conseil Général à l'ADELFA 33 (l'Association Départementale d'Étude et de Lutte contre les Fléaux Atmosphériques), mais aussi par notre soutien actif aux jeunes agriculteurs en les incitant à l'assurance grêle, le Conseil Général contribue ainsi à faire face, par une action préventive, à ce type de catastrophe.

La solidarité de la collectivité départementale n'a jamais fait défaut mais nous devons nous interroger sur l'efficacité et la capacité de l'État à apporter une prompte réponse à l'attente légitime des viticulteurs.

Vous me permettrez d'ajouter que nous ne pouvons pas rester insensibles à la situation difficile des producteurs de lait qui luttent avec juste raison pour un prix d'achat équitable de leur lait par les industriels... ce qui est loin d'être le cas...

Ce n'est pas nouveau mais le phénomène s'aggrave : alors que le prix à la production a chuté de 30 %, cela n'est pas répercuté par les distributeurs et les grandes surfaces. Les accords qui ont été passés de haute lutte entre les agriculteurs et les diffuseurs ne tiennent plus. La chute des cours étrangle les éleveurs contraints de vendre à perte.

On ne peut demander toujours aux mêmes de faire des efforts : aux agriculteurs, d'un côté, aux consommateurs, de l'autre ! A ce compte-là, demain il n'y aura plus de producteurs de lait dans notre pays.
Vous pouvez compter sur moi pour interpeller le Gouvernement sur une situation intolérable.

J'évoquais à l'instant le contexte économique et social... La semaine dernière, le Premier Ministre François FILLON a finalement reconnu publiquement que le pays était en récession !

On s'en était quand même un peu douté... Non ? Il aura fallu des mois et des mois depuis le chaos boursier pour qu'en haut lieu, on cesse de recourir à la méthode Coué !

Au cours de ces trente dernières années, je n'ai jamais connu autant de difficultés quasiment insurmontables pour construire un budget équilibré, harmonieux pour le Département.

L'économie et les entreprises sont frappées par la récession ou craignent de l'être - il n'est pas un jour sans annonce de faillite - de plus en plus de salariés sont victimes de plans sociaux ; les finances publiques elles-mêmes sont directement concernées par ce véritable tsunami.

Vous le sentez dans vos communes, à travers la situation toujours plus fragile de nombre de nos concitoyens qui sont les premiers à souffrir des conséquences de ce dérèglement général.

Malheureusement, les dégâts se font sentir aussi sur le plan budgétaire, bridant d'autant nos capacités à agir pour limiter les effets sociaux.

L'an dernier, la baisse du produit affecté au fonds de péréquation de la taxe professionnelle a frappé de nombreuses petites communes ; cette année, ce sont les droits de mutation qui s'effondrent à leur tour...

Et voilà que pour l'avenir, le Gouvernement nous annonce la quasi disparition de la Taxe Professionnelle sans rien proposer pour l'instant en guise de substitution ! Cela devient cauchemardesque !

Certes, le budget du Département est bien plus important que celui de vos communes. Pourtant, nous sommes, nous aussi, très affectés par cette crise qui provoque une baisse spectaculaire et totalement inédite de nos recettes.

Je n'ai encore jamais vu ça. A ce jour, depuis le début de l'année, nous avons perdu, en raison de la raréfaction des transactions immobilières, 40 M€ de recettes de droits de mutation et, à ce rythme, nous aurons perdu 71 M€ à la fin de l'année, soit l'équivalent de 20 points de fiscalité.

S'il se poursuit, le recul de nos ressources nous conduira vers des temps difficiles pour les projets publics.

Cette situation est encore aggravée par le poids croissant des dépenses transférées au Département : aujourd'hui, nous chiffrons l'écart entre ce qui est compensé et ce qui est réellement dépensé à plus de 150 M€ depuis 2004.

C'est ce différentiel que nous doit en fait l'État. Jusqu'alors, la croissance continue des droits de mutation occultait cette anomalie. Force est de constater que tel n'est plus le cas, aujourd'hui.

L'État est donc notre plus mauvais payeur et, à côté de cela, il nous demande de tenir notre engagement et de financer la LGV Tours-Bordeaux à hauteur de 138 M€ !

Ce serait normalement à l'État de financer de tels équipements publics. L'État devrait faire payer la solidarité nationale plutôt que l'impôt départemental et régional.

A l'évidence, la mise aux enchères locales des grands projets qui incombent aux missions de l'État ne peut tenir lieu de mode de financement durable et satisfaisant.

Comme l'a dit récemment Gilles SAVARY, le rançonnement actuel des collectivités locales n'est pas à la hauteur des ambitions de développement ferroviaire d'un pays comme la France.

J'en reviens à la question centrale qui nous préoccupe présentement : comment réagir face à la crise actuelle ?

Tout d'abord, je voudrais vous dire que le Département n'abandonnera pas les communes, ne vous abandonnera pas, même s'il faudra étaler dans le temps ou différer un certain nombre de nos politiques. Nous serons alors contraints à des moratoires.

Il s'agit de réduire momentanément la voilure et d'adapter nos projets à nos capacités présentes... Mais il faut saisir cette opportunité pour se réinterroger sur ce qui est essentiel pour les Girondins en ces temps difficiles, sur ce qui préserve le mieux les capacités de nos territoires à rebondir le moment venu et pour revoir les priorités, afin de ne pas disperser nos efforts.

Plus que jamais, il faut que nous approfondissions le travail partenarial que nous avions lancé avec tous les élus, il y a déjà plusieurs années, avec le Contrat de Développement Durable et les Contrats Opérationnels.

Ensemble, il faut que nous recherchions les adaptations de nos politiques et de nos projets à ce contexte nouveau avec encore plus de détermination.

C'est sans doute le moment de penser à les rendre plus conformes au Développement Durable qui souligne la nécessité de remettre en question nos manières de faire et d'agir.

Cette crise, plutôt qu'au repli sur soi, nous incite à nous retrouver pour inventer ensemble de nouvelles formes de coopération, de nouveaux modes pour vivre ensemble.

Au regard du travail que nous avons conduit ensemble, au fil du temps, de ce partenariat territorial que nous avons renforcé grâce, je viens de l'évoquer, à la mise en œuvre de notre politique de développement durable, vous pouvez compter sur moi, sur nos équipes, pour mesurer avec vous ce qui, dans ce contexte de restriction budgétaire, doit être conduit, aujourd'hui, sans attendre et ce qui peut raisonnablement attendre l'embellie économique.

J'ai toujours considéré que le rôle du Conseil Général était de veiller à ce qu'il n'y ait pas une Gironde à deux vitesses : vous m'avez souvent entendu vous le dire.

J'ajouterai : c'est ensemble, Communes, Intercommunalités et Département, que nous devons imaginer l'avenir de notre territoire.
D'ailleurs, en ce sens et à titre d'exemple, le syndicat Gironde Numérique que nous avons voulu et mis en œuvre avec la quasi-totalité des Communautés de Communes de la Gironde va créer dans les 24 mois qui viennent, le réseau haut débit qui rendra l'Internet accessible à tous dans le département. Nous l'aurons fait ensemble et je vois là un modèle pour l'avenir.

Dans la difficulté, je ne vous trahirai pas !

En affrontant avec vous et comme vous la crise, dans vos Communes, au plus proche de vos attentes, de celles des citoyens, nous mesurerons le souhaitable et le réalisable pour ne pas obérer nos ambitions partagées d'essor durable pour nos enfants.

Deux mots encore sur le projet de loi de réorganisation territoriale en gestation, je veux parler de la réforme proposée par la Commission Balladur qui risquerait de bouleverser l'organisation territoriale, prévalant depuis la Révolution Française, puisqu'elle viserait à donner la primauté à de très grosses agglomérations urbaines, au détriment des Départements et des Communes !

Vous avez été nombreux - vous, élus locaux, rejoints par des milliers de citoyens girondins, et je tiens à vous en remercier - à avoir apporté votre soutien à ma démarche, à celle du Conseil Général de la Gironde qui a marqué sa plus forte opposition à l'application d'une telle réforme qui déstabiliserait nos Communes et nos Départements.

Cette réforme, je l'ai dit, balaie d'un trait de plume tous les principes de la Décentralisation républicaine, préconise le plus sérieusement du monde, de donner naissance à des « communes nouvelles », venant se substituer aux intercommunalités et en réalité effaçant les « communes anciennes » ; cela figure en toutes lettres dans le texte Balladur.

A chaque fois, dans l'histoire de notre pays, que le législateur a tenté par la force de dissoudre ou de fusionner des communes, de les réduire à une unité artificielle, ce fut un échec !

Seule l'intercommunalité sur une base volontariste a fait ses preuves.

Mesdames, Messieurs les Maires, Chers Collègues et Amis, j'en arrive à ma conclusion.

Devant tant de difficultés économiques et sociales, devant tant d'incertitudes sur les réformes envisagées, mon sentiment est qu'il faut une large union dans la lutte contre les injustices et les errements et, sans reprendre la célèbre expression de Winston CHURCHILL : « De la sueur, du sang et des larmes », il saute aux yeux, tout de même, qu'il faut créer un nouveau rapport de forces !

Alors, et malgré ce climat, heureusement, la Foire Internationale est, à elle seule, porteuse d'espoir. Elle l'est car, je n'en doute pas, elle rencontrera cette année encore, l'adhésion des milliers et des milliers de visiteurs.

Le Conseil Général, présent comme toujours, est, cette année, au cœur du Salon de l'Environnement et du Développement Durable. Il entend naturellement accompagner la Foire et ses acteurs qui savent s'adapter et devancer même les modes de consommation des citoyens.

Je suis heureux que nous participions très concrètement à cet objectif-là !

C'est bien dans les moments les plus difficiles qu'il faut savoir faire preuve d'imagination, de capacité à dessiner les lendemains qui ne chanteront pas forcément mais qui nos redonneront l'espérance.

On doit s'interroger aussi sur les finalités de notre société dans un 21ème siècle livré au culte de l'argent et au relativisme. Les logiques quantitatives ne sont pas les seules à assurer l'avenir de notre humanité. Il y a une autre logique, celle du respect humain.

Mesdames, Messieurs les Maires, Chers Collègues Élus, je vais laisser place à l'échange et à l'amitié.

J'aurai le plaisir tout à l'heure de vous offrir le dictionnaire toponymique de la Gironde qui révèle les racines occitanes de nombreux noms et patronymes liés à l'histoire de notre département.

Il est accompagné d'un CD de musique qui va éveiller en vous, je n'en doute pas, quelques belles images, peut-être de la nostalgie...
Excellente Foire Internationale de Bordeaux à toutes et à tous !

Merci au Président Marc LECOCQ, une nouvelle fois, pour son accueil.

Merci à vous, Mesdames, Messieurs les Maires, Chers Collègues, pour votre attention, pour votre compréhension et votre fidélité.

La mienne vous est, vous le savez, pleinement acquise ! Guillemet fermant

 

Le Président du Conseil Général de la Gironde
Philippe MADRELLE

 

   
   
1 comments about ""Dans la difficulté, je ne vous trahirai pas !""
  1. #1
    ornecq philippe
    May 22, 2009 8:35 PM

    nous connaissons votre loyaute et engagement merci d etre present


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